jeudi 31 mai 2007

Descalços

Je les encore vu longer les parois des kiosques à journaux, la main glissant contre la rampe du métro, assis, le regard espiègle ou voyageur. Ils arpentent la Paulista, artère peuplée, inhumaine, alignement de sombres palais coiffés d'héliports. Mais à présent, conforme à la vague de froid, ils sont vêtus de chaussettes pendantes en leur bout. On ne voit plus leurs pieds usés.

Même déchaussés les enfants des rues semblent résister au froid. Je me demande où ils dorment. Question lugubre. Ils se terrent derrière une couverture, là est leur maison. Ils évoluent en bande. La bouche dégoulinante de bonbons, trésor convoité. Ils ne sont jamais seuls. Ils jonglent, ils courent, ils s'arrachent un bout de je ne sais quoi. Ils semblent invisibles.

Et moi je rentre du taf et je tente de ne pas être prises entre les flux malsains des inégalités de cette ville tentaculaire. Acheter le journal, boire un jus de fruit frais, sortir de ma poche ma carte de métro. Autant de gestes quotidiens qui ne sont plus anodins.

mardi 22 mai 2007

Estou com fome...

São Paulo est une ville ou la typicité n'existe pas. A tous les niveaux. Ville champignon, ville du mélange, Européens, descendants d'esclaves Africains, Japonais, regards indiens... Tout le monde s'est mélangé au point de créer une texture nouvelle. Mais Babylone ne laisse s'épanouir aucune ''typicité''. Ici tout est global. Prenons un de nos chers plaisirs quotidiens par exemple, la bouffe (petite pensée pour Julia).

São Paulo est réputée pour être une des villes au monde où l'on mange le mieux. Et pour cause! On trouve des restaurant de toutes sortes, japonais, italiens, français, arabes, portugais, espagnols, indiens, etc, etc... Sans oublier les incontournables plats brésiliens tels que la feijoada. Les Brésiliens adorent manger. On prend rendez-vous pour manger ensemble, boire des bières, on s'invite à un churrasco (barbecue) pour se remplir la panse de viande (végétariens en très haute difficulté lors des barbecues). En bref, São Paulo ne possède pas de plats traditionnels. Les rues sont cependant le théatres de ventes colorées, tapioca, pop-corn, pão de queijo, cafe, assailli, etc... Les vendeurs de rue installent deux planches sur un chariot et vendent leur bricolent ou des denrées à des passants préssés. Ici on est préssés.

Mais il y a quelque chose de particulier que je vais vous conter. O pastel de feira com caldo de cana... Chaque vendredi, pendant ma pause déjeuné, je vais jusqu'à un petit marché de quartier près de mon taf. La ville en est truffée (bon c'est ce que tout le monde dit). Là, je fais la queue patiemment jusqu’à pouvoir demander mon beignet (pastel de feira), une pâte fine frite dans plein d’huile, un pur moment d’alimentation malsaine mais délicieuse. Il y a en a pour tous les goûts, viande (évidemment), aubergine, tomate séchée, fromage, chou fleur... On se pose sur un banc de fortune, côte à côte, en rang d’ognion, et c’est le panard. Le petit plus c’est le jus de canne. Autrement appellé caldo de cana. Les stands de caldo pullulent sur les foires. On broie des morceaux entiers de canne à sucre dans une machine. Et l’on boit pur, ou mélangé à un autre fruit, le délicieux nectar scandaleusement sucré.

jeudi 10 mai 2007

Sarau da Cooperifa

J'ai découvert Cooperifa. Et j'ai rechargé mes batteries d'énergies et de poésie. Passé les quartiers chanceux, les boulevards vitrines, supportant une bonne demi heure d'embouteillage, puta transito, au bord du Rio Tiêté qui déborde d'odeurs nauséabondes, le long de la marginale, artère paulista par excellence, nous sommes arrivés dans la périphérie. Peut-être étrange mais je me sens plus chez moi…
Chaque mercredi les gens se réunissent. Ils sont du quartier pour la très grande majorité. Je ne m'avance pas trop si je dis qu'ils sont voisins, copains d'école, cousins, élèves et professeurs, namorados et namoradas, etc. Je ne sais pas dire si l'organisation est ancienne, je ne sais pas raconter son histoire. Mais les choses se déroulent ainsi : les gens se retrouvent dans le bar qui a agrandi sa surface face au succès. Les chaises en plastiques se chahutent autour de tables essentiellement présentes pour supporter les bouteilles de bières blondes emmitouflées dans des étuis thermiques. On se massent aussi debout, entre les interstices, à l'arrière, près du bar, ou tout simplement dehors. Ceux qui n'entendront pas la poésie des autres contribueront à la poésie du moment. On se réunit pour l'amour d'être ensemble. Il y a quelque chose de très sensuel entre ces jeunes da zona sul.

Le but est le suivant : réciter de la poésie. On pense évidemment au slam dans cette zone urbaine où le hip-hop se mélange aux rythmes plus "traditionnels". Mais chacun y va de son propre style, déclaration d'amour, hymne au peuple qui souffre, air de saoul susurré, poésie connue, création perso…

On mange, on se marre, on entre et on sort. Mais l'on fait silence lorsque quelqu'un clame des vers. Un "présentateur" annonce chaque poète. Il y a de tout, des habitués, des angoissés, des mots hurlés, des chuchotements intimidés. Il a y a aussi des trous de mémoires, des encouragements. Il y a ceux qui roulent les mécaniques et les plus "anonymes"…

Cooperifa é cada quarta-feira. Com certeza volta lá.

Cooperifa = cooperativa/cooperação + perifería (banlieue)