lundi 23 avril 2007

Ville fleuve

Rentrée sous la pluie. Sortir du travail la tête un peu vide. Pas de taf alors je file. Pas de panique, pas de remise en question, tout vient à point à qui sait attendre. Apprendre la patience. Patience.

Et la ville se transforme en torrent. Le ciel perd son relief. Gris sans nuances. Pluie lourde et chaude. Je me dis que la pluie est douce malgré sa rigueur. La pluie nettoie d'une journée de travail sans travail. Mais elle gonfle rapidement les trottoirs tordus, l'asphalte biscornu. En quelques minutes d'une pluie tropicale, la ville devient fleuve. Et je me retrouve les chevilles dans l'eau, loin de l'exotisme tropical d'une douche d'eau de pluie sous un bananier (référence pub Tahiti, cf. votre enfance), prise entre les trombes d'eau verticales venues du ciel et celles horizontales des voitures qui ne font qu'occuper l'espace qui leur est dû. Ici la ville n'appartient pas aux piétons.

Et la ville, hostile, se transforme. Je la trouve plus humaine dans l'horreur de sa pluie colérique. Les gens s'arrêtent. Partagent un parapluie. Se coiffent de sacs plastiques, se serrent sous les timides avancées des stores de café sur les trottoirs… Je ne crois pas qu'ils se parlent beaucoup plus. Mais la cohue semble moins naturelle. Elle peine à avancer. Je veux voir le visage pluvieux de São Paulo. Eu gosto da chuva paulistana. Qu'en est-il des gens qui vivent dans la rue? Comme à leur habitude ils sont invisibles dans les quartiers que je traverse. São Paulo drôle de ville. Drôle de vie.

4 commentaires:

Julia a dit…

Ce que tu racontes est tellement particulier et universel à la fois. C'est l'histoire de la confrontation entre ce que l'on a toujours appris à être, et d'autre possibilité d'existence. Cette sensation de recevoir en plein visage tout un monde auquel on ne comprend rien... patience... se laisser doucemment envahir par ce monde.

nimeton a dit…

Salut Emi,

C'est un grand jour aujourd'hui. "ADSL" est arrivé à Tam Dao et le gouvernement ne surveille plus les blogs. Tout pour dire que j'arrive à lire tes textes qui sont tout à fait intéressants. Tu écris bien avec pleine de descriptions et nuances. A bientôt sur le net camarade.

Emi a dit…

Merci les copines... Anni je te donne des nouvelles pro très vite, Julia on philosophe bientot sur messenger... Ahahahahaha.... La France fasciste... Que faire???

cécile a dit…

hé bien ici à Mexico la saison des pluies a commencé, avec plus d'un mois d'avance...je repense souvent à ce que tu me disais de Mina Tannenbaum et je savoure mes heures de gloires, parce que si on peut se sentir tout petit et impuissant sous la pluie, j'apprécie surtout son côté magique et fascinant, surprenant, qui efface mon schéma de rues, mes réferences, ma carte mentale, celle qui m'avait aidé à ne pas me perdre une énième fois dans le ventre de la baleine...
bises